Cannes/SACD : sur la TV gratuite, la valeur d’un film est sa rareté, pas sa fraîcheur (Ara Aprikian)

Paris - Publié le lundi 14 mai 2018 à 19 h 11 - n° 257534

Ara AprikianAra Aprikian, directeur général adjoint des contenus du groupe TF1, était lundi 14 mai l’invité des Rencontres professionnelles organisées lors du Festival de Cannes par la SACD, animées par son dg Pascal RogardPascal Rogard.

Il a rappelé que TF1 voulait faire de la fiction « l’un des axes de développement majeur » du groupe pour les années à venir et que le cinéma avait « toute sa place » dans cette stratégie. Si la ligne éditoriale est tournée vers des films familiaux et grand public, le groupe a fait « un certain nombre de paris » avec des films comme Le Grand Bain, de Gilles Lellouche ou La Promesse de l’aube. Cependant, le groupe souhaite se concentrer sur des projets avec une valeur de rediffusion forte pour amortir l’investissement initial, même si sa « galaxie de chaînes » lui permet « d’ouvrir d’autres horizons ». Certains genres comme le drame ou le policier se retrouvent plutôt dans les fictions TV du groupe que dans les films.

Ara Aprikian estime par ailleurs que la force du groupe est d’être un éditeur de programmes capable de proposer des offres de nature différente à un public, avec les séries La Mante et Les Bracelets rouges, mais également Dany Boon ou Les Tuche. « C’est ce qui fera la différence » face au monde de la SVOD régi par les algorithmes et où le spectateur ne consommera que ce qu’il aime déjà, ajoute-t-il.

Des films avec une capacité forte de repos

La valeur de la TV gratuite, selon lui, n’est pas « la récence ou la fraîcheur d’un film, mais sa rareté ». Les films ne doivent pas être présents partout et tout le temps. À l’inverse de la TV payante et de la SVOD, la TV gratuite doit avoir une capacité de repos forte pour ses films, pour les faire vivre sur le long terme. La logique du groupe est de proposer une exploitation multichaîne d’un film sur un cycle assez court, pour ensuite le laisser reposer et avoir un nouveau cycle environ 24 mois après. « C’est un modèle vertueux qui permet de mieux rentabiliser nos films », estime-t-il.

Mieux monétiser les films avec une 3e coupure publicitaire

Interrogé sur une éventuelle troisième coupure publicitaire pour les films, Ara Aprikian indique ne pas vouloir être dans « une optique d’inondation » de la TV par la pub, mais souhaiter pouvoir avoir une coupure supplémentaire pour des films « relativement longs », sans toutefois en préciser la durée. Il souligne que l’objectif n’est pas d’affaiblir les audiences des films, mais de mieux monétiser les films dans lesquels le groupe investit. Il milite également en faveur de l’ouverture de la publicité aux secteurs interdits, en particulier pour le cinéma. Il indique ne pas comprendre pourquoi le cinéma peut faire de la publicité partout sauf sur les chaînes qui le financent. « Demain, nous pourrons faire de la pub sur les films Netflix, mais pas sur nos coproductions, c’est le monde à l’envers », regrette-t-il. Concernant les jours interdits pour la diffusion de films, ça n’est pas « une demande essentielle » puisqu’il y a un quota de films à ne pas dépasser.

Sur la chronologie des médias, il souligne être « un fervent défenseur » de ce modèle, qui créée « de la contrainte et de la frustration », tout en ajoutant que « TF1 pourrait vivre dans un système de gré à gré sans chronologie des médias ».

« Intéressant » de pouvoir préfinancer des programmes avec les plateformes

Ara Aprikian trouverait « intéressant » de pouvoir préfinancer avec les plateformes des miniséries, qui « coûtent cher, que l’on a du mal à financer et à amortir par la rediffusion » alors qu’il y a un public. Le groupe pourrait diffuser la série coproduite tandis que la plateforme la proposerait dans le monde entier et en France quelque temps après sa diffusion linéaire. Il y aurait alors « une adéquation entre diffusion linéaire et présence permanente sur une plateforme ». « Nous pourrions créer de la valeur marketing en donnant une exposition et de la notoriété à ces programmes, ce qui pourrait bénéficier aux plateformes », ajoute-t-il.

TF1 investit 3,2 % de son chiffre d’affaires dans le cinéma français et européen. En 2017, le groupe a soutenu 17 films pour 47 millions d’euros, pour un apport moyen d’environ 3 M€.

Pascal Rogard et Ara Aprikian - © Satellifax
Pascal Rogard et Ara Aprikian - © Satellifax

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